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Présidentielle 2027 : comparer les mots des candidats

Des milliers de prises de parole, un débat réduit à quelques petites phrases. Notre cartographie prend de la hauteur : sujet par sujet, elle compare les mots des candidats avec la même méthode pour tous, citations à l’appui.

[Dernière actualisation : le 23 octobre à 16h]

Sources et méthodologie : comparer les candidats à la présidentielle 2027

Que proposent les candidats à l’élection présidentielle de 2027 sur le pouvoir d’achat, les retraites, l’immigration ou le climat ? Notre carte compare leurs prises de parole, sujet par sujet. Cette page explique comment nous la construisons, ce qu’elle montre, et aussi ce qu’elle ne montre pas.

En résumé : nous rassemblons ce que les candidats à la présidentielle disent publiquement : discours, interviews, citations dans la presse, publications sur les réseaux sociaux. Pour chaque sujet, nous gardons uniquement les passages où ils en parlent eux-mêmes, puis nous comparons statistiquement les mots qu’ils emploient. Deux candidats proches sur la carte parlent du sujet avec un vocabulaire proche. À l’inverse, deux candidats éloignés en parlent avec des mots différents.

1. Comment lire la carte des candidats

Position et distance des bulles

  • Chaque bulle est un candidat à l’élection présidentielle. Sa position résume son profil de vocabulaire sur le sujet : quels mots il emploie, et dans quelles proportions. Personne ne place les bulles à la main : la position résulte en effet d’un calcul statistique, le même pour tous les candidats (voir « Comment nous construisons la carte »).
  • Le centre de la carte correspond au vocabulaire moyen, partagé par l’ensemble des candidats. Plus une bulle s’en écarte, plus la façon dont ce candidat parle du sujet se distingue de celle des autres. Toutefois, une bulle proche du centre ne signale pas une position « modérée » : elle indique seulement un vocabulaire proche de la moyenne.
  • La distance entre deux bulles mesure la ressemblance de deux vocabulaires. Ainsi, deux candidats proches emploient les mêmes mots dans des proportions comparables : ils abordent le sujet sous le même angle. Au contraire, deux candidats éloignés puisent dans des registres différents, ou mettent l’accent sur des mots différents. Lorsque plusieurs bulles forment un groupe, ces candidats partagent une même manière de parler du sujet, qui les distingue des autres.
  • Seules les distances comptent. Être « à gauche » ou « en haut » de la carte ne veut rien dire en soi : il faut regarder qui est près de qui. Par ailleurs, la proximité porte sur les mots, pas sur les opinions : deux candidats proches ne sont pas forcément d’accord (voir « Proches sur la carte, est-ce que cela veut dire d’accord ? »). Pour vérifier ce qui rapproche ou sépare deux candidats, cliquez sur leurs deux bulles.

Taille des bulles

La taille de la bulle indique la place que le sujet occupe dans l’ensemble de ce que dit le candidat, tous sujets confondus. Une grosse bulle signifie que le candidat en parle beaucoup, proportionnellement au reste de son discours. Cet indicateur mesure donc un volume de parole : il ne tient pas compte de la date des propos et n’influe pas sur la position de la bulle.

Cliquer sur un ou deux candidats

En cliquant sur un candidat, vous accédez à ses mots-clés sur le sujet, aux extraits de ses propres propos choisis pour couvrir au mieux ce qu’il en dit, et à une courte synthèse de ses positions et de ses propositions. Lorsque ses propos sont trop peu nombreux, la mention « pas assez de propos » remplace la synthèse (voir les questions « Comment choisissons-nous les mots-clés ? » et « Une IA rédige-t-elle les synthèses ? »).

En cliquant sur deux candidats, vous voyez ce qui distingue leurs vocabulaires sur le sujet : les mots que chacun emploie nettement plus que l’autre et des extraits qui les contiennent (voir la question « Comment comparons-nous deux candidats ? »).

2. Quels candidats à la présidentielle 2027 ?

Nous retenons un candidat s’il remplit deux conditions :

  1. il figure dans au moins une hypothèse de premier tour testée par au moins deux instituts de sondage différents depuis le 1er janvier 2026 ;
  2. il ne s’est pas formellement retiré de la course.

Cette règle est simple et vérifiable. Elle ne dépend pas de notre jugement ; en outre, elle évolue avec la campagne : un candidat peut entrer dans la liste si les instituts commencent à le tester, ou en sortir s’il annonce son retrait.

À ce jour, la carte compare les candidats et candidates suivants (par ordre alphabétique) :

  • Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)
  • Gabriel Attal (Renaissance)
  • Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France)
  • Raphaël Glucksmann (Place publique)
  • François Hollande (Parti socialiste)
  • Bruno Le Maire (Renaissance)
  • Marine Le Pen (Rassemblement national)
  • David Lisnard (Nouvelle Énergie)
  • Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise)
  • Édouard Philippe (Horizons)
  • Bruno Retailleau (Les Républicains)
  • Fabien Roussel (Parti communiste français)
  • François Ruffin (Debout)
  • Marine Tondelier (Les Écologistes)
  • Dominique de Villepin (La France humaniste)
  • Éric Zemmour (Reconquête)

Dernière mise à jour de la liste : [23/10/2026].

3. Quelles sources : discours, interviews, presse, réseaux sociaux

Nous analysons uniquement des prises de parole publiques des candidats eux-mêmes :

  • Réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn, X) : publications des candidats depuis le 1er avril 2026 ;
  • Presse : citations des candidats (interviews, prises de position) depuis le 1er avril 2026 ;
  • Vidéos : discours de meeting, interventions et interviews dans les médias, ainsi que les vidéos publiées par les candidats sur X, depuis le 1er avril 2026 ;
  • Programmes et sites de campagne (bientôt) : nous ajouterons prochainement le contenu des sites de campagne des candidats, dont leurs programmes.

Nous ne prenons pas en compte ce que les commentateurs, les journalistes ou les adversaires disent d’un candidat. Autrement dit, seul compte ce que le candidat dit ou écrit lui-même. En ce qui concerne la presse, nous analysons uniquement la citation exacte du candidat ; le résumé de l’article, rédigé par le journaliste, sert seulement à savoir de quel sujet parle la citation.

Nous écartons également les messages d’autres personnes simplement relayés (retweets) et les publications de moins de dix mots. Enfin, lorsqu’un candidat publie plusieurs fois le même texte, nous ne le comptons qu’une fois.

Les données sont actualisées toutes les semaines, chaque lundi soir.

Dernière mise à jour des données : [23/10/2026].

4. Quels sujets : pouvoir d’achat, retraites, immigration, climat…

Chaque sujet a sa propre carte. À l’heure actuelle, la carte compare les candidats sur les sujets suivants, regroupés en grands thèmes :

  • Pouvoir d’achat et coût de la vie : coût de la vie, fiscalité des ménages, salaires et revenus du travail ;
  • Économie, finances publiques et fiscalité : budget et déficit public, fiscalité des entreprises et du capital ;
  • Emploi, travail et retraites : retraites, travail et emploi ;
  • Santé et protection sociale : financement de la protection sociale, santé et accès aux soins ;
  • Éducation, jeunesse et recherche : Éducation nationale ;
  • Sécurité, justice et immigration : immigration, justice et prisons, sécurité ;
  • Écologie, énergie et climat : biodiversité, pollutions et déchets, transition écologique et climat ;
  • Logement, ville et territoires : logement ;
  • Société, valeurs et cohésion : pauvreté et inégalités ;
  • International et défense : relations internationales, Proche et Moyen-Orient, Ukraine.

Les sujets reprennent en l’adaptant la nomenclature du Comparative Agendas Project (comparativeagendas.net). Ce projet de recherche international classe les politiques publiques en grands domaines (économie, santé, éducation, environnement, sécurité, immigration, etc.). Chercheurs et chercheuses s’en servent depuis des années pour comparer l’attention que gouvernements, parlements et médias portent aux différents sujets, dans de nombreux pays.

Partir d’une grille reconnue plutôt que d’une liste maison a deux avantages. D’abord, nous ne choisissons pas les sujets en fonction de ce qui avantagerait tel ou tel candidat. Ensuite, la grille couvre tout le champ de l’action publique, et pas seulement les thèmes les plus médiatisés.

Nous l’avons toutefois adaptée au contexte de la présidentielle : nous avons découpé certains domaines en sujets plus précis, et nous accompagnons chaque sujet d’une courte description en langage courant, qui sert à retrouver les passages correspondants.

5. Comment nous construisons la carte des candidats, étape par étape

Étape 1 : découper les textes en passages

Discours et interviews sont souvent longs et abordent de nombreux sujets. Nous découpons donc tous les textes en passages courts d’une cinquantaine de mots, soit environ un paragraphe. Deux passages consécutifs se chevauchent légèrement, afin de ne pas couper une idée en deux. Dans les calculs, nous ne comptons qu’une fois le texte commun à deux passages voisins.

Étape 2 : retrouver les passages qui parlent du sujet

Pour chaque sujet, il faut trouver les passages qui en parlent, même lorsqu’ils n’emploient pas les mots attendus. Par exemple, un candidat peut parler de « tranquillité publique » sans jamais écrire « sécurité ».

Pour cela, un modèle d’intelligence artificielle traduit chaque passage en une empreinte numérique de son sens. Deux textes qui parlent de la même chose ont des empreintes proches, même s’ils n’emploient pas les mêmes mots. Nous comparons ensuite l’empreinte de chaque passage à celle de la description du sujet, et nous gardons les plus proches. Pour une citation de presse, souvent très courte, nous calculons l’empreinte sur le résumé de l’article suivi de la citation.

Étape 3 : vérifier chaque passage

Cette recherche par le sens ratisse large, et une vérification est donc nécessaire. Nous soumettons alors chaque passage retenu à un modèle de langage, qui connaît le nom du candidat, le type de source et, selon le cas, le titre de la vidéo ou de la publication, ou le résumé de l’article. Nous lui demandons si le passage exprime une position du candidat sur ce sujet précis :

  • Le passage traite-t-il vraiment du sujet ? Nous écartons ceux qui ne l’évoquent qu’en passant, dans une énumération ou à propos d’un autre thème, de même que ceux qui ne parlent que de la campagne elle-même (candidature, sondages, alliances).
  • Est-ce bien le candidat qui s’exprime ? Nous ne devons pas lui attribuer les mots d’une autre personne (un adversaire qu’il cite, un journaliste qui l’interroge, un message qu’il relaie) : nous écartons donc un passage qui ne contient que les propos d’un autre, et nous ne recopions que les phrases du candidat (voir plus bas). En revanche, un candidat qui cite ses propres propos (par exemple un extrait de son discours publié sur X) reste pris en compte.

En cas de doute, nous écartons le passage. Le modèle recopie ensuite mot pour mot les phrases du candidat qui portent sur le sujet, sans reformuler. Nous vérifions automatiquement que chaque phrase recopiée figure bien dans le passage, mot à mot (hors ponctuation et majuscules) ; nous écartons celles qui n’y figurent pas. Quant aux autres phrases du paragraphe, qui parlent d’autre chose, nous les mettons de côté.

Tous les passages trouvés à l’étape 2 passent par cette vérification.

Étape 4 : donner plus de poids aux propos récents

Un candidat peut faire évoluer son discours au fil de la campagne. Pour que la carte reflète sa position actuelle, un propos pèse d’autant moins qu’il est ancien :

  • la référence est la dernière prise de parole de ce candidat sur ce sujet, et non la date du jour. Nous ne pénalisons donc pas un candidat qui n’a pas reparlé d’un sujet depuis longtemps ;
  • un propos tenu 6 mois avant cette dernière prise de parole compte pour un quart ; au-delà, il garde ce quart. Nous n’effaçons aucun propos.

En pratique, cette pondération ne change quelque chose que pour les candidats qui sont revenus sur un sujet après un long silence.

Étape 5 : comparer les vocabulaires

C’est l’étape qui produit la carte. Contrairement aux étapes 2 et 3, elle ne fait appel à aucune intelligence artificielle : c’est un calcul statistique classique, dont le résultat est toujours le même pour les mêmes données.

Préparer le tableau des mots
  1. Ramener les mots à leur racine. Nous regroupons par exemple « sécurité », « sécuritaire » et « sécuriser ». Nous retirons également les petits mots sans contenu (« le », « de », « pour »…). Enfin, nous séparons l’article élidé du mot : « l’école » compte comme « école ».
  2. Construire un grand tableau. Le tableau a une ligne par candidat et une colonne par mot. Chaque case indique combien de fois le candidat a employé ce mot sur ce sujet.
  3. Écarter les mots qui ne permettent pas de comparer. Un mot employé par un seul candidat ne permet de le rapprocher de personne. À l’inverse, un mot employé par presque tous les candidats (plus de 70 % d’entre eux) ne permet pas de les distinguer. Nous retirons donc ces deux catégories.
Calculer la carte
  1. Résumer le tableau en une carte. Nous utilisons une méthode appelée analyse factorielle des correspondances (AFC), employée depuis les années 1960 en sciences sociales et en analyse de textes. Elle compare les profils de vocabulaire des candidats, c’est-à-dire la part que chaque mot occupe dans leur discours sur le sujet. Elle place ensuite les candidats sur un plan, de façon que les différences les plus marquées soient le mieux conservées. Enfin, pour chaque axe, nous calculons la part des différences entre candidats qu’il résume.
  2. Mesurer la solidité de chaque position. Nous refaisons 200 fois le calcul de la position de chaque candidat en tirant au hasard parmi ses passages. La zone d’incertitude tracée autour de lui couvre environ 95 % des positions obtenues. Nous ne la calculons pas pour un candidat qui a moins de trois passages utiles ou de trois propos distincts sur le sujet, ni lorsque les tirages ne donnent pas une vraie zone (tous alignés).

6. Questions fréquentes et limites

La carte compare-t-elle les programmes des candidats ?

Pas encore directement. Elle compare ce que les candidats disent publiquement de chaque sujet : discours, interviews, citations dans la presse, publications sur les réseaux sociaux. Ces prises de parole reprennent souvent les propositions de leur programme, et elles couvrent aussi les candidats qui n’ont pas encore publié de programme complet. Nous ajouterons prochainement le contenu des sites de campagne, dont les programmes.

Pour savoir ce que propose un candidat sur un sujet, choisissez le sujet puis cliquez sur sa bulle : ses extraits et sa synthèse présentent ses positions et ses mesures, avec ses propres mots.

Qu’est-ce qui détermine la distance entre deux candidats ?

Uniquement la ressemblance de leur vocabulaire sur ce sujet. Deux candidats sont proches s’ils emploient les mêmes mots dans des proportions comparables. Au contraire, la distance augmente si chacun a son propre vocabulaire.

La distance ne dépend ni du nombre de fois où ils parlent du sujet (un candidat qui en parle dix fois et un autre qui en parle cent fois peuvent être au même endroit), ni de leur étiquette politique, ni de leur score dans les sondages. Ces informations n’entrent pas dans le calcul.

Proches sur la carte, est-ce que cela veut dire d’accord ?

Pas nécessairement. C’est la principale limite à garder en tête. La carte compare des mots, pas des opinions. Par exemple, deux candidats qui parlent tous deux de « frontières », de « contrôles » et de « quotas » seront proches, même si l’un veut les renforcer et l’autre les assouplir.

En pratique, les mots employés trahissent souvent une approche : on ne parle pas de la même manière d’un sujet selon qu’on le voit comme un problème de sécurité, de justice sociale ou d’économie. Mais la carte montre comment les candidats parlent d’un sujet, et non ce qu’ils en pensent. Pour connaître leurs positions précises, lisez les extraits proposés pour chaque candidat.

Les axes ont-ils un sens ? L’axe horizontal est-il un axe gauche-droite ?

Non, les axes n’ont pas de signification fixée à l’avance. En effet, nous ne décidons pas de ce qu’ils représentent : le calcul les détermine automatiquement, pour chaque sujet, comme les deux directions qui séparent le mieux les candidats.

  • L’axe horizontal est la direction selon laquelle les vocabulaires diffèrent le plus. L’axe vertical est la deuxième plus importante, indépendante de la première.
  • Le pourcentage indiqué sur chaque axe donne la part des différences entre candidats qu’il résume. Par exemple, si l’axe horizontal indique 40 %, il capte à lui seul 40 % de ce qui distingue les vocabulaires.
  • Pour comprendre ce qu’oppose un axe, regardez les mots placés à ses deux extrémités. Ainsi, sur un sujet, l’axe peut opposer un vocabulaire économique à un vocabulaire social. Sur un autre, un vocabulaire technique à un vocabulaire de valeurs. Il arrive qu’il ressemble à un clivage gauche-droite, mais rien ne le garantit.
  • Le sens des axes est arbitraire. Une carte retournée comme dans un miroir serait tout aussi juste. Autrement dit, être « à gauche » ou « en haut » de la carte ne signifie rien en soi. Seules comptent les distances entre les candidats et leur position par rapport aux mots.

Peut-on comparer la position d’un candidat d’un sujet à l’autre ?

Non. Chaque sujet a sa propre carte, calculée à partir de son propre vocabulaire. Les axes n’ont donc pas le même sens d’une carte à l’autre. Par exemple, un candidat placé en haut à droite sur l’éducation et en haut à droite sur l’énergie n’occupe pas pour autant « la même position » sur les deux sujets.

Deux candidats proches sur la carte peuvent-ils être en réalité différents ?

Oui, c’est possible. En effet, la carte est un résumé en deux dimensions d’un tableau qui en compte beaucoup plus. Comme une carte du monde, qui déforme forcément les distances réelles, elle ne peut pas tout montrer. Ainsi, deux candidats peuvent sembler proches alors qu’ils diffèrent sur des aspects que les deux axes ne captent pas. Les pourcentages indiqués sur les axes donnent la part de l’information conservée. Plus leur total augmente, plus la carte est fidèle. Lorsque les zones d’incertitude de deux candidats se recouvrent largement, l’écart entre leurs positions est à interpréter avec prudence.

Pourquoi un candidat n’apparaît-il pas sur un sujet ?

Parce que nous n’avons pas trouvé assez de propos de sa part sur ce sujet pour le placer de façon fiable. Cela peut signifier qu’il n’en parle pas, ou qu’il en parle trop peu pendant la période couverte. L’absence d’un candidat est en soi une information : elle ne signifie pas qu’il n’a aucune position, mais qu’il ne s’est pas exprimé publiquement sur ce sujet dans nos sources.

Les réseaux sociaux avantagent-ils les candidats qui y sont très présents ?

Leur position sur la carte ne dépend pas du volume : seules comptent les proportions de leur vocabulaire. En revanche, plus un candidat s’exprime, plus sa position est solide. Ainsi, un candidat placé à partir de quelques passages seulement peut voir sa position changer sensiblement à la prochaine mise à jour. Nous indiquons pour chaque candidat le nombre de ses propos pris en compte et sa zone d’incertitude : lorsque les propos sont peu nombreux ou la zone étendue, mieux vaut interpréter sa position avec prudence.

Le format de la source peut aussi influencer le vocabulaire. Par exemple, on n’écrit pas une publication comme on répond à une interview. Cependant, nous analysons tous les candidats à partir des mêmes types de sources et sur la même période.

L’intelligence artificielle décide-t-elle de la position des candidats ?

Non. L’intelligence artificielle intervient uniquement pour trouver et vérifier les passages pertinents (étapes 2 et 3), pour proposer le libellé des mots-clés, sous contrôle, et pour rédiger les courtes synthèses. En revanche, le placement sur la carte est un calcul statistique, sans intelligence artificielle, identique pour tous les candidats.

Certes, les outils automatiques peuvent se tromper. Par exemple, un passage hors sujet peut passer entre les mailles, ou la vérification peut écarter un passage pertinent. Toutefois, sur un grand nombre de passages, ces erreurs isolées pèsent peu. Elles peuvent compter davantage pour un candidat qui s’exprime peu sur un sujet.

Comment choisissons-nous les mots-clés ?

Par un calcul statistique. Nous repérons dans les phrases retenues de chaque candidat les mots et les expressions qui nomment quelque chose (« pouvoir d’achat », « réforme des retraites », « TVA », « 60 ans »…), puis nous gardons ceux qu’il emploie nettement plus que les autres candidats sur le sujet, et plus que dans le reste de son propre discours. Nous écartons les noms de personnes et de partis. Au total, nous retenons une quinzaine de mots-clés ; ceux qui apparaissent dans au moins deux sources différentes passent en premier.

Un modèle de langage propose ensuite pour chacun un libellé court, composé uniquement de mots employés par le candidat, et peut écarter une expression trop vague ou un fragment de phrase. Nous vérifions automatiquement que chaque libellé reprend bien les mots du candidat.

Lorsqu’un candidat a moins de dix passages retenus sur le sujet, nous signalons sa liste comme indicative.

Une IA rédige-t-elle les synthèses ?

Oui. Un modèle de langage rédige les synthèses de 2 ou 3 phrases, selon des règles strictes. Il ne s’appuie que sur les extraits numérotés de ce candidat et n’a accès à aucune autre information. Il doit résumer les positions que le candidat exprime, en priorité ses mesures concrètes, sans en changer le sens, et présenter ses constats comme les siens (« il estime que… »). En outre, il a l’interdiction de comparer le candidat à d’autres et de porter un jugement. Chaque phrase renvoie aux extraits qui la fondent, et une justification cite mot pour mot ces extraits.

Nous vérifions automatiquement ces renvois et ces citations, ainsi que l’absence de formulations interdites. Lorsqu’une synthèse est en défaut, nous la redemandons une fois ; ensuite, nous retirons toute phrase sans renvoi valide, sans citation exacte de l’extrait auquel elle renvoie ou contenant une formulation interdite. Lorsque les extraits sont trop peu nombreux ou ne permettent pas d’énoncer une position claire, la mention « pas assez de propos » remplace la synthèse. Quoi qu’il en soit, les extraits d’origine restent toujours affichés à côté : ce sont eux qui font foi.

Comment comparons-nous deux candidats ?

Nous ne comparons deux candidats que s’ils emploient chacun au moins 200 mots sur le sujet, et si l’un n’en emploie pas plus de cinq fois plus que l’autre. Nous calculons alors la distance entre leurs vocabulaires sur des échantillons de même taille, afin de limiter l’effet du volume de parole de chacun. Une méthode statistique (dite fightin’ words) identifie les mots qui distinguent les deux candidats ; nous n’affichons un mot que si l’écart est net et reste stable lorsqu’on refait le calcul sur des tirages au hasard de leurs vidéos, articles et publications. Nous excluons les noms propres.

Un test indique ensuite si les mots qui les distinguent le plus s’écartent davantage que ce que le hasard produirait. Ce test mélange leurs sources entières, car les passages d’une même vidéo ou les citations d’un même article se ressemblent. Avec moins de cinq sources par candidat, nous ne déclarons jamais le résultat significatif, car le nombre de mélanges possibles est trop faible. Enfin, un signal de prudence apparaît lorsque la liste des mots distinctifs est instable. Aucune intelligence artificielle ne rédige de phrase comparative.

Pourquoi analyser les mots plutôt que classer les propositions ?

Classer à la main chaque proposition comme « pour » ou « contre » suppose de nombreux choix d’interprétation, discutables et difficiles à appliquer de façon identique à tous les candidats. L’analyse du vocabulaire a une limite (elle ne mesure pas l’accord ou le désaccord), mais elle suit la même règle pour tous. En outre, elle est reproductible et se fonde uniquement sur les mots des candidats. En somme, les deux approches sont complémentaires : la carte donne une vue d’ensemble, les extraits permettent d’entrer dans le détail.

7. Outils utilisés

Pour les lecteurs qui souhaitent aller plus loin :

  • Découpage et recherche des passages : empreintes de sens (embeddings) calculées avec un modèle spécialisé du marché.
  • Vérification des passages, libellés des mots-clés et synthèses : un grand modèle de langage du marché, utilisé avec des consignes strictes et des vérifications automatiques de ses réponses.
  • Carte : analyse factorielle des correspondances sur le tableau candidats × mots, après lemmatisation et racinisation des mots ; zone d’incertitude par rééchantillonnage des passages (bootstrap).
  • Mots-clés : groupes nominaux repérés par analyse grammaticale ; comparaison de leur présence par passage entre candidats (log-odds à prior informatif, Monroe, Colaresi et Quinn, 2008), complétée de filtres de spécificité.
  • Comparaison de deux candidats : divergence de Jensen-Shannon entre leurs profils de vocabulaire, sur des échantillons de même taille et sur l’ensemble des mots, pas seulement sur les deux axes de la carte. La méthode dite fightin’ words (Monroe, Colaresi et Quinn, 2008) identifie les mots qui les distinguent ; stabilité par rééchantillonnage et test par permutation, tous deux par source (vidéo, article, publication) et non par passage.

8. Crédits photos

Photos issues de Wikimedia Commons, utilisées sous leurs licences respectives. Les images peuvent avoir été redimensionnées.

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