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Présidentielle 2022Vie démocratique

Data-enquête : l’abstention aux présidentielles | 1ère partie : la piste géographique 🌍

33 Mins read

La rentrée politique a une saveur particulière cette année. Avec la présidentielle à l’horizon, les candidats et candidates sont dans les starting-blocks et la campagne commence à prendre forme. Parmi tous les sujets de discussion et de débat, celui de l’abstention, historiquement assez peu voire mal traité, mérite que l’on s’y intéresse, car l’heure est grave. Décryptage en plusieurs parties de ce phénomène qui prend de l’ampleur.

C’est quoi, l’abstention ?

Le taux d’abstention correspond à la part de la population inscrite sur les listes électorales ne s’étant pas déplacée pour aller voter le jour du scrutin. La définition peut sembler simple, mais quelques subtilités s’y glissent.

Le taux ne prend pas en compte les personnes non inscrites sur les listes électorales. Elles représentent tout de même 6 % des personnes en âge de voter, soit environ 3 millions de français et françaises d‘après l’Insee. Le taux d’abstention ne correspond donc pas exactement au taux de personnes ne s’étant pas mobilisées, ce dernier étant un peu plus élevé en réalité.

Les votes blancs et nuls ne sont pas inclus dans le taux d’abstention. Si, pour le décompte des résultats, voter blanc (ou nul) équivaut à s’abstenir, la démarche est en générale interprétée davantage comme l’absence d’un choix satisfaisant parmi les candidats et candidates qu’une protestation contre le système démocratique en l’état. Il s’agit évidemment d’une interprétation possible de ces gestes. Il est important de les distinguer de l’abstention néanmoins : ne serait-ce que pour décrypter quelques comportements de nos politiques qui, eux, font bien la différence.

Maintenant que nous sommes d’accord sur les termes, explorons ensemble le sujet au travers de la présidentielle 2017. Petit disclaimer avant de poursuivre : les données utilisées dans le cadre de cette analyse sont au périmètre de la France métropolitaine et des DOM. Les COM et les votes des français établis hors de France ne sont donc pas comptabilisés ici.

DOM : Départements d’Outre-Mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte et La Réunion)
COM : Collectivités d’Outre-Mer (Polynésie française, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna. La Nouvelle-Calédonie)

Les disparités territoriales de l’abstention

Observons ensemble la répartition départementale des abstentionnistes en 2017.

1ertour de l’élection présidentielle 2017
2ème tour de l’élection présidentielle 2017

On constate d’emblée que l’abstention est beaucoup plus élevée au second tour qu’au premier. Il ne s’agit pas d’un phénomène habituel, bien au contraire : cela n’était pas arrivé depuis 1969 lors de l’élection de Georges Pompidou. Après ce premier évènement, le taux d’abstention au second tour a rarement dépassé les 20 %, ou à peine, avant de remonter spectaculairement à 25,44 % en 2017.

Quelques disparités géographiques sont également observables. Si l’ouest de la France et l’ouest parisien étaient relativement peu abstentionnistes au 1er tour (moins de 20 %), la majorité des département a tendu vers un taux situé entre 20 et 25 % au second tour, à l’exception du Gers, de la Lozère et des Côtes d’Armor. Le phénomène marquant concerne les DOM et la Corse. Ceux-ci affichent des taux très élevés, dépassant même les 50 % au 1er tour pour la plupart . Au second tour, ils sont rejoints par la Seine Saint-Denis.

L’abstention gagne du terrain

L’abstention est importante, en particulier dans certains départements, mais y est-elle en baisse ? En hausse ? Les graphiques suivants permettent d’observer pour chaque tour de la présidentielle 2017 la répartition des départements par taux d’abstention et leur évolution par rapport à la présidentielle 2012, autrement dit :

  • Plus un point est haut, plus le taux d’abstention y est élevé (et inversement)
  • Les points à gauche du zéro correspondent aux départements dans lesquels l’abstention est en baisse
  • Les points à droite du zéro correspondent aux départements dans lesquels l’abstention est en hausse

La taille des points est proportionnelle au nombre d’abstentionnistes dans chaque département. Vous pouvez zoomer en sélectionnant une zone particulière du graphique.


Au 1er tour, l’abstention est relativement stable par rapport à 2012 dans la plupart des départements (moins de 5 points d’écart), bien que la majorité soient en légère hausse (quelques départements compensent avec une abstention en baisse). Les DOM et la Corse font exception et de distinguent non seulement par un taux d’abstention très élevé (plus de 30 %), mais aussi par une forte dynamique de hausse.

Le phénomène est particulièrement marquant au second tour : l’abstention est en forte hausse dans la quasi-totalité des départements, presque tous dans la “zone rouge”. Des taux dépassant 20 % un peu partout, en forte hausse, laissent penser que l’abstention pourrait être un enjeu majeur de la prochaine présidentielle. Attention cependant : tous les départements n’ont pas le même poids dans la balance du scrutin.

L’enjeu politique des abstentionnistes

L’augmentation est donc en hausse un peu partout en France. Mais le poids démocratique des abstentionnistes n’est pas le même partout. Les départements avec les plus forts taux d’abstention (DOM et Corse notamment) ne sont pas les plus peuplés. Ainsi, on retrouve par exemple plus d’abstentionnistes dans le Nord, les Bouches-du-Rhône et en région parisienne qu’en Guadeloupe ou en Martinique. Le département du Nord se démarque particulièrement, avec près d’un demi-million d’abstentionnistes au second tour de la présidentielle en 2017.

À chaque élection, les politiques se disputent le vote des électeurs des partis voisins dans l’hémicycle (parfois même opposés !). Mais les abstentionnistes représentent une part importante du corps électoral. Avec un quart de non-votants, la perspective pour les candidats et candidates de les gagner à leurs causes respectives peut sembler alléchante. Pour autant, les causes de l’abstention sont assez méconnues en France : des opposants au système politique ou démocratique aux désintéressés en passant par les désabusés, les abstentionnistes ont probablement des motivations trop différentes pour qu’on les traite comme une masse homogène. Alors, que disent les données sur les causes de l’abstention en France ? (Bientôt, sur Datapolitics)

Sources : Ministère de l’Intérieur, INSEE, Wikipedia

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