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Energie & Environnement

🌍đŸ‡ȘđŸ‡ș RĂ©chauffement climatique : les efforts encore trop timides de l’UE

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Dans le sillage de l’Accord de Paris, l’Union EuropĂ©enne s’organise pour diminuer ses Ă©missions de gaz Ă  effet de serre et ainsi endiguer le rĂ©chauffement climatique. Un peu plus d’un mois avant la COP26 Ă  Glasgow, point d’Ă©tape sur un dispositif europĂ©en au dĂ©marrage quelque peu chaotique.

Le coup d’accĂ©lĂ©rateur de l’UE

12 dĂ©cembre 2015 , moment historique : 196 pays, responsables de 95 % des Ă©missions anthropiques de gaz Ă  effet de serre (GES), signent un traitĂ© visant Ă  limiter le rĂ©chauffement climatique en-dessous de 2°C par rapport aux tempĂ©ratures de l’Ăšre prĂ©industrielle. Pour atteindre cet objectif, les pays signataires doivent prendre toutes les mesures nĂ©cessaires afin de limiter leurs Ă©missions de GES. On parle souvent du dioxyde de carbone (CO2), car il est majoritaire, mais d’autres existent (le mĂ©thane par exemple). Chaque pays fixe ses cibles, qu’il actualise et soumet Ă  la CCNUCC* tous les 5 ans.

L’Union EuropĂ©enne, elle, fixe un objectif Ă  atteindre collectivement par ses 27 États membres. Sa dĂ©cision initiale, en amont de l’Accord de Paris, Ă©tait de rĂ©duire les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre Ă  l’Ă©chelle de l’Union de -40 % par rapport aux niveaux de 1990, d’ici 2030. En septembre 2020, l’UE a revu ses ambitions Ă  la hausse : l’objectif est dĂ©sormais de -55 %.

Alors, comment les nations europĂ©ennes progressent-elles ? L’objectif est-il Ă  la hauteur des ambitions de l’Accord de Paris? Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, il nous faut d’abord comprendre comment les gouvernements sont censĂ©s s’organiser Ă  l’Ă©chelle nationale. Car derriĂšre cet objectif commun se cache en rĂ©alitĂ© un systĂšme de rĂ©partition des efforts.

*Convention-cadre des Nations unies sur les Changements Climatiques

Composer avec des réalités économiques hétérogÚnes

Pour atteindre son objectif Ă  horizon 2030, l’Union EuropĂ©enne a mis en place 2 instruments :

  • Le SystĂšme d’Échanges de Quotas d’Émissions (SEQE). Il couvre un ensemble de secteurs d’activitĂ© reprĂ©sentant environ 40 % des Ă©missions de GES de l’Union EuropĂ©enne. Parmi eux, on retrouve la production d’Ă©lectricitĂ© & de chaleur, les secteurs industriels Ă  forte intensitĂ© Ă©nergĂ©tique ou encore aviation commerciale au sein de l’espace Ă©conomique europĂ©en. Les entreprises concernĂ©es se voient dĂ©cerner un quota d’Ă©missions, dĂ©croissant chaque annĂ©e. C’est ce point qui doit permettre de garantir l’atteinte des objectifs. Le SEQE fonctionne comme un marchĂ© : les entreprises Ă©mettant plus que leur quota doivent acheter le montant de leur dĂ©passement auprĂšs d’entreprises disposant d’un excĂ©dent (car ayant moins Ă©mis).
  • Le RĂšglement sur la RĂ©partition de l’Effort (RSR). Il couvre les secteurs restants, notamment les transports routiers, la construction, l’agriculture et le reste de l’industrie. Pour ces secteurs reprĂ©sentant 60 % des Ă©missions de GES, les États membres sont garants du respect de leur objectif individuel fixĂ© par l’UE.

Le “-55%” n’est pas pour tout le monde. Le rĂšglement part du principe que tous les pays n’ont pas la mĂȘme capacitĂ© d’action, et diffĂ©rencie donc les objectifs selon le produit intĂ©rieur brut (PIB) par habitant de chaque État membre. Ce principe de la fair share (part Ă©quitable) est souvent utilisĂ© par les scientifiques pour calculer la contribution des États Ă  la lutte contre le rĂ©chauffement climatique. Il intĂšgre mĂȘme parfois une composante de “responsabilitĂ©” en complĂ©ment : les pays ayant le plus Ă©mis par le passĂ© doivent fournir davantage d’efforts.

Le problĂšme de la fair share europĂ©enne est qu’elle ne s’applique qu’aux secteurs couverts par le RSR, soit uniquement 60 % des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre de l’UE. Nous avons donc recalculĂ© une part pour chacun des 27 pays, comme si le rĂšglement couvrait l’ensemble des secteurs d’activitĂ©s. Cette fair share recalculĂ©e est ainsi compatible Ă  l’Ă©chelle de l’UE avec l’objectif des “-55%”. Elle respecte le principe d’Ă©quitĂ© Ă©tabli par l’UE : plus le PIB par habitant d’un pays est Ă©levĂ©, plus celui-ci doit fournir d’effort.

Les pays les plus riches doivent donc fournir plus d’effort que la moyenne (il s’agit des barres rouges ci-dessus). Afin de respecter l’objectif de l’UE, la France devrait par exemple rĂ©duire ses Ă©missions de gaz Ă  effet de serre de 64 % par rapport Ă  1990, soit 9 points de plus que l’objectif moyen (en gris). À l’inverse, on attend moins d’efforts de la part des pays au PIB plus modeste (en bleu).

Une mise en Ɠuvre dĂ©sordonnĂ©e

Alors, prĂšs de 6 ans aprĂšs l’Accord de Paris, comment se situent les pays au regard de leurs objectifs respectifs ? La carte ci-dessous prĂ©sente la progression des Ă©missions de CO2 des 27 États membres en 2019, depuis l’annĂ©e de rĂ©fĂ©rence (1990) et compte tenu de la cible Ă  atteindre en 2030.

Au premier regard, on pourrait penser que les pays de l’est sont de meilleurs Ă©lĂšves que leurs homologues de l’ouest, comme la France ou l’Allemagne. La rĂ©alitĂ© est plus complexe que ça. Rappelons-nous que l’UE attend moins d’efforts de la part de ces pays. À tel point que pour certains d’entre eux, comme la Bulgarie ou la Roumanie, l’objectif est dĂ©jĂ  atteint.

Il est important de noter que, dans la plupart des pays, les Ă©missions ont diminuĂ© depuis 1990. Les niveaux actuels des principaux pays Ă©metteurs restent toutefois trĂšs largement en excĂšs au regard de l’impĂ©ratif climatique. Quelques États membres sont mĂȘme sur une dynamique de hausse ! C’est le cas du Portugal, de l’Espagne, de l’Autriche et de l’Irlande.

Pas assez vite, pas assez fort

En 2019, l’ensemble des pays de l’UE a Ă©mis environ 2 916 millions de tonnes de CO2. Pour respecter l’objectif des “-55% par rapport Ă  1990”, les Ă©missions devront se limiter Ă  1 740 millions de tonnes en 2030. Si le rythme de baisse observĂ© entre l’Accord de Paris et aujourd’hui se poursuit, les Ă©missions seront toujours trop Ă©levĂ©es (environ 40 % au-dessus de la cible). Pour atteindre l’objectif, l’Union EuropĂ©enne doit faire entre 2 et 3 fois plus d’efforts, comme le montre le graphique ci-dessous.

Par ailleurs, il n’est pas garanti que l’objectif fixĂ© par l’UE permette de limiter suffisamment le rĂ©chauffement climatique. Bien sĂ»r, ce phĂ©nomĂšne doit ĂȘtre considĂ©rĂ© Ă  l’Ă©chelle mondiale. Il est donc en pratique complexe de juger de la suffisance ou non de la politique environnementale d’un pays isolĂ© (ou d’un groupe de pays). Le site Climate Action Tracker s’est nĂ©anmoins prĂȘtĂ© Ă  l’exercice en calculant une fair share pour chaque pays et en la comparant aux objectifs que se sont fixĂ©s les gouvernements. Leur analyse met en Ă©vidence une insuffisance gĂ©nĂ©ralisĂ©e des mesures, en particulier pour l’Union EuropĂ©enne.

Source : Climate Action Tracker

Si ces estimations sont Ă  prendre avec prĂ©caution, ce rĂ©sultat interroge : avant de foncer bille en-tĂȘte, ne faudrait-il pas dĂšs aujourd’hui revoir, une nouvelle fois, nos ambitions Ă  la hausse ?


Sources : Our World In Data, Global Carbon Project, site officiel de la Commission Europénne, Climate Action Tracker

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